C’est un récit poignant, bouleversant, qu’au travers d’une écriture à la beauté épurée Marie-Hélène Lafon nous offre à lire en ce début d’année 2026.
Au cœur de cette France rurale des monts de la haute Auvergne, à la beauté profonde et âpre, Claire et son frère Gilles, né onze mois après elle dans une famille d’agriculteurs, n’auront pas le même destin mais resterons néanmoins viscéralement liés, au sens quasi-littéral de cette expression.
Claire sera orientée vers des études longues. Son frère Gilles, émotif perdant facilement ses moyens dans le cadre scolaire, sera dirigé vers une formation professionnelle, dans la perspective de la reprise de la ferme familiale.
Alors que Claire s’émancipe progressivement d’un contexte familial et social difficile, Gilles y sera au contraire de plus en plus directement exposé subissant, tout comme sa mère, la violence verbale et physique d’un père tout puissant et d’une mère soumise, maltraitée, et elle-même maltraitante.
C’est un drame intime – hors champ – de naufrage familial et social que nous décrit Marie-Hélène Lafon, celui d’agriculteurs ne pouvant plus résister à la surenchère de la production et de la rentabilité, y perdant le sens de leur métier ainsi que leur santé physique et psychique.
Bien qu’éloignée de lui, Claire garde le souci de son frère Gilles. Celui-ci, qui est un taiseux, et dont la vie affective et amoureuse sera un échec, le sait. Leur communication verbale se limite à très peu de mots mais elle est essentielle. C’est probablement la dimension la plus troublante et la plus émouvante de ce roman, avec aussi le silence et la routine du travail de la ferme, la répétition quotidienne du nourrissage et de la traite des vaches, un travail qui, à la fois, “les tient et les écrase” écrit l’autrice.
Le style dépouillé de Marie-Hélène Lafon, son rythme, comme une horloge qui scande les heures et les jours, nous permet d’entrer dans cette réalité, intime, de la fin d’un monde. Si Claire, en devenant professeure de lettres, a intégré un autre monde, elle va cependant demeurer attentive à l’épuisement physique et moral, “l’ensauvagement” écrit l’autrice, de son frère et l’assurer de son soutien s’il décidait de renoncer.
Un roman minimaliste et puissant.
Jean-Paul Vallecchia Calvino
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