Le
roman de Maria Pourchet s’ouvre sur une citation de Maurice
Genevois extraite de “La Dernière Harde” (1938) : “Être
libre c’est encore tressaillir souvent au son du cor et à la voix
des hommes.”.
Ce
beau verbe tressaillir, qui donne son titre à cette œuvre, vient du
latin salire (sauter) et signifie éprouver une secousse
physique sous le coup de quelque émotion ; le tressaillement
étant défini par le dictionnaire Larousse comme une brusque
secousse de tout le corps, généralement à la suite d’une émotion
vive. Mais si l’émotion est vive, la secousse du tressaillir ne
l’est pas autant ; cela n’est pas sursauter ou tressauter dont le
sens est tressaillir vivement. Il y a de la nuance dans le verbe
tressaillir, peut-être même une forme de retenue au regard de
l’émotion éprouvée.
C’est
dans cette nuance et cette retenue que nous entraîne Maria Pourchet,
par une écriture alerte, contemporaine et élégante, où l’oralité,
parfois très crue et aussi parfois très drôle, cohabite
harmonieusement avec un registre beaucoup plus classique.
Ce
roman apparaît comme un parcours initiatique pour Michelle (e deux l
e) qui décide de quitter Sirius, son compagnon et père de Lou sa
petite fille. Aucune crise véritable ne déclenche sa décision de
départ. Quelque chose de souterrain est à l’œuvre. Peut-être un
tressaillement...? Notons que Michelle est en psychothérapie avec
Ariel, dont le rôle en arrière-plan va, progressivement au cours du
récit , se révéler déterminant.
Michelle
quitte la planète Sirius, dont elle était devenue une forme de
satellite, et se retrouve immédiatement confrontée à la réalité
d’une liberté dont elle s’était, jusque-là, préservée. Elle
prend alors conscience non seulement que le statut de femme seule
reste encore à construire au sein de notre société, mais aussi
qu’une forme de peur l’empêche d’avancer ; une peur
nichée au tréfonds d’elle-même, depuis l’enfance ; le
sentiment de l’arrivée imminente de la mort, éprouvé au moment
de la survenue d’un évènement climatique exceptionnel...
Pourtant,
comme l’écrivait si bien le grand écrivain Maurice Genevoix “Être
libre c’est encore tressaillir souvent au son du cor et à la voix
des hommes”.
Oui,
être libre c’est, pour chaque être vivant, exister avec la
prescience et/ou la conscience de cette échéance inéluctable, qui,
parfois, à certains moments de nos vies, se rapproche de manière
inquiétante. Ne pas renoncer à sa liberté, sortir de la
dépendance, c’est, inévitablement, affronter cette peur
ancestrale fondamentale.
Michelle
va ainsi se porter à la rencontre, comme elle le dit elle-même, de
sa peur de biche, pour s’ouvrir à sa liberté. Son parcours ne
sera pas linéaire. Les envies de renoncer viendront régulièrement
l’assaillir. Eric, une ancienne relation de jeunesse, constituera,
presque malgré elle, un premier pallier vers un nouveau souffle de
vie. Mais la peur de perdre le plus précieux, sa fille Lou, surgira
notamment au cours d’une fête de mariage qui convoquera, de
manière complètement inattendue, le tragique souvenir du petit
Grégory Villemin, désormais attaché à la mémoire collective
française. Cependant, Michelle pourra déconstruire et surmonter
l’irrationalité de cette peur ultime, dans une relecture
extrêmement pertinente et cocasse de l’évènement, pour enfin,
sans divulgâcher la fin de l’histoire, tressaillir d’un autre
bonheur.
Avec
beaucoup de justesse Maria Pourchet nous conduit, dans le sillage de
Michelle, sur le chemin de la réappropriation de notre destinée
propre. Elle nous invite à ne pas craindre de tressaillir, car le
tressaillement, quelle que soit l’émotion qui le suscite, est
indissociable de notre condition humaine.
Jean Paul Vellachia Calvino