mercredi 21 janvier 2026

Tressaillir - Maria Pourchet

 

Le roman de Maria Pourchet s’ouvre sur une citation de Maurice Genevois extraite de “La Dernière Harde” (1938) : “Être libre c’est encore tressaillir souvent au son du cor et à la voix des hommes.”.

Ce beau verbe tressaillir, qui donne son titre à cette œuvre, vient du latin salire (sauter) et signifie éprouver une secousse physique sous le coup de quelque émotion ; le tressaillement étant défini par le dictionnaire Larousse comme une brusque secousse de tout le corps, généralement à la suite d’une émotion vive. Mais si l’émotion est vive, la secousse du tressaillir ne l’est pas autant ; cela n’est pas sursauter ou tressauter dont le sens est tressaillir vivement. Il y a de la nuance dans le verbe tressaillir, peut-être même une forme de retenue au regard de l’émotion éprouvée.

C’est dans cette nuance et cette retenue que nous entraîne Maria Pourchet, par une écriture alerte, contemporaine et élégante, où l’oralité, parfois très crue et aussi parfois très drôle, cohabite harmonieusement avec un registre beaucoup plus classique.

Ce roman apparaît comme un parcours initiatique pour Michelle (e deux l e) qui décide de quitter Sirius, son compagnon et père de Lou sa petite fille. Aucune crise véritable ne déclenche sa décision de départ. Quelque chose de souterrain est à l’œuvre. Peut-être un tressaillement...? Notons que Michelle est en psychothérapie avec Ariel, dont le rôle en arrière-plan va, progressivement au cours du récit , se révéler déterminant.

Michelle quitte la planète Sirius, dont elle était devenue une forme de satellite, et se retrouve immédiatement confrontée à la réalité d’une liberté dont elle s’était, jusque-là, préservée. Elle prend alors conscience non seulement que le statut de femme seule reste encore à construire au sein de notre société, mais aussi qu’une forme de peur l’empêche d’avancer ; une peur nichée au tréfonds d’elle-même, depuis l’enfance ; le sentiment de l’arrivée imminente de la mort, éprouvé au moment de la survenue d’un évènement climatique exceptionnel...

Pourtant, comme l’écrivait si bien le grand écrivain Maurice Genevoix “Être libre c’est encore tressaillir souvent au son du cor et à la voix des hommes”.

Oui, être libre c’est, pour chaque être vivant, exister avec la prescience et/ou la conscience de cette échéance inéluctable, qui, parfois, à certains moments de nos vies, se rapproche de manière inquiétante. Ne pas renoncer à sa liberté, sortir de la dépendance, c’est, inévitablement, affronter cette peur ancestrale fondamentale.

Michelle va ainsi se porter à la rencontre, comme elle le dit elle-même, de sa peur de biche, pour s’ouvrir à sa liberté. Son parcours ne sera pas linéaire. Les envies de renoncer viendront régulièrement l’assaillir. Eric, une ancienne relation de jeunesse, constituera, presque malgré elle, un premier pallier vers un nouveau souffle de vie. Mais la peur de perdre le plus précieux, sa fille Lou, surgira notamment au cours d’une fête de mariage qui convoquera, de manière complètement inattendue, le tragique souvenir du petit Grégory Villemin, désormais attaché à la mémoire collective française. Cependant, Michelle pourra déconstruire et surmonter l’irrationalité de cette peur ultime, dans une relecture extrêmement pertinente et cocasse de l’évènement, pour enfin, sans divulgâcher la fin de l’histoire, tressaillir d’un autre bonheur.

Avec beaucoup de justesse Maria Pourchet nous conduit, dans le sillage de Michelle, sur le chemin de la réappropriation de notre destinée propre. Elle nous invite à ne pas craindre de tressaillir, car le tressaillement, quelle que soit l’émotion qui le suscite, est indissociable de notre condition humaine.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire