mardi 8 mai 2018

Couleurs de l'incendie - Pierre Lemaitre



Après le suicide de Edouard Pericourt qui clôt " Au revoir là Haut", Couleurs de l'Incendie s'ouvre sur un double drame. Le hasard, la destinée, la fatalité font que le même jour la famille Péricourt perd son patriarche Marcel, banquier riche et respecté et voit Paul son unique héritier mâle grièvement blessé . Madeleine la mère de Paul et la fille de Marcel va connaitre une période sombre.
Au désespoir de son fils Paul handicapé va s'ajouter la banqueroute et le déclassement. Mais Madeleine n'a pas dit son dernier mot. En femme intelligente elle va remonter la pente et prendre sa revanche sur les hommes qui ont précipité sa chute.Et quelle revanche ! Scandales boursiers, politiques, judiciaires, trafic d'influence Pierre Lemaitre nous plonge dans l'époque trouble des années 30.
Par des personnages attachants et inoubliables comme Madeleine et Paul ou détestables comme ceux qui provoquent leur ruine pour mieux s'enrichir Pierre Lemaitre nous livre une satire sur la grande bourgeoisie.
Ce livre m'a plu . Il ne se passe pas un paragraphe sans qu'un fait nouveau ne survienne . Le Pierre Lemaitre des polars est également présent.
L'épilogue fait un énorme saut dans le temps pour nous présenter les personnages dans le futur. Une 3ème tome est prévu. De quoi sera-t-il fait ? 


Huguette

dimanche 6 mai 2018

La disparition de Josef Mengele - Olivier Guez


Olivier Guez nous emmène à la chasse au nazi dans l'Amérique du Sud complaisante de l'après guerre où se cache le sinistre Mengele mais aussi un nombre impressionnant de ses compatriotes dont EIchman . Il nous détaille réseaux et complicité . Comment et pourquoi à la fin des années 40 le gouvernement argentin acceptait de recueillir ses hommes et éventuellement leurs proches leur épargnant ainsi les procès qu'ils auraient dû affronter en Europe. Après quelques années de tranquillité et sous couvert de différents pseudonymes la traque reprend et le reste de sa vie  va être constitué de fuite en fuite, de déguisements, d'angoisse et cela jusqu'à sa mort en 1979.
Jamais, pas une seule seconde il n'éprouve le moindre regret pour les êtres qu'il a envoyés à la mort torturés pour ses pseudo expériences scientifiques.
Pas une seule fois en lisant ce roman je n'ai éprouvé la moindre compassion pour Mengele.
J'ai aimé ce livre. 
Huguette 

samedi 24 mars 2018

Au détour du Caucase, conversation avec un cheval - Clara Arnaud


Un voyage comme une parenthèse au cœur du Caucase, loin des tournées touristiques, au plus près de la nature et des rencontres, avec un cheval comme porteur et compagnon…
Un livre dans lequel on pénètre lentement au rythme de la marche qu’il faut, apprivoiser pour la rendre naturelle. Au rythme aussi du cheval, compagnon solidaire, parfois capricieux et toujours attentif aux embûches du chemin.
Il y a de belles rencontres, de magnifiques paysages, des moments rudes et des pauses de plénitude.
Un regret, la pauvreté des rares cartes géographiques qui permettent de suivre le parcours suivi.
Je l’ai lu aussi comme une parenthèse qui m’a parfois, surtout dans la première partie, laissée sur ma faim. 


Annick 

Bakhita - Véronique Olmi


Roman biographique d’une femme exceptionnelle qui fut enlevée, dans son village du Darfour, à l’âge de sept ans et qui malgré toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage, a vécu 78 ans, jusqu’en 1947, et fut canonisée en 2000 par Jean-Paul II.
Elle ne sait plus comment elle s’appelle, mais se souviendra toute sa vie de ses premières années dans son village, de la figure et de la tendresse de sa mère, de l’amour de son père et de sa nombreuse fratrie, principalement de sa sœur, Kishmet, kidnappée avant elle, et de sa sœur jumelle qu’elle ne reverra plus jamais. La force inculquée par sa mère gravée en elle, elle se tiendra « debout » dans toutes les situations aussi difficiles soient-elles à vivre. Rien ne lui sera épargné.
Elle sera sauvée de l’esclavage par l’intermédiaire du consul d’Italie qui la ramènera avec lui en Italie où, après une vie de domestique, dans un couvent, elle sera baptisée, entrera dans les ordres et n’aura de cesse de s’occuper et de consoler des enfants orphelins en détresse, dans le climat pesant des deux guerres mondiales et du fascisme. 
Le style de Véronique Olmi contribue à rendre le roman magnifique et bouleversant. Ecrit avec sensibilité, délicatesse et beaucoup de tendresse, il ne peut laisser indifférent.
A lire, absolument.

Annick 

lundi 26 février 2018

Règne animal - Jean-Baptiste Del Amo


Résumer ce roman ? Pour le faire correctement, il faut le digérer, et s’en dégager calmement, s’éloigner des personnages, de leurs difficultés à élever leurs enfants sur une terre ingrate (l’histoire débute en 1898),  où dès le plus jeune âge, on aide, on trime, sans avoir en retour le sourire de sa mère ou une marque de tendresse. Celle-ci ne trouve réconfort que dans la religion qu’elle interprète à sa façon, très dure – même envers elle – et entraîne sa fillette dans ses délires fous. Le père ? Il se tait, a pris l’habitude de laisser sa femme régner en maître. Il est le seul soutien muet mais aimant  de leur fille. Tous trois s’occupent de l’élevage de quelques porcs, verrats, truies et porcelets, où « Règne animal » prend tout son sens dès les premières pages et vous gifle de façon magistrale jusqu’à la nausée. 
Il faut poursuivre cette lecture, âpre, difficile, déstabilisante. Petit à petit, on arrive à notre époque, où l’ambiance ne change guère. La puissance de l’écriture est constante  présente dans tous les chapitres, jusqu’à la fin…
J’ai pu lire ce roman – roman-documentaire, roman-plaidoyer en faveur du respect des animaux de leur naissance à l’abattoir – grâce à la force de son écriture, jamais vulgaire. « Règne animal » ? Oui l’humain est ici l’animal le plus contestable, « La Bête » la plus féroce,  parce qu’en cette fin de 20e siècle (1981)  seuls rendement et profit l’animent. C’est en même temps une étude de caractères, où la fin du roman laisse entrevoir malgré tout une douloureuse prise de conscience tardive où « La Bête » n’est pas celle que l’on attendait. A lire... jusqu’à la fin ! 
Jacqueline

samedi 17 février 2018

L'ordre du jour- Eric Vuillard

Prix Goncourt 2017
Dans ce livre, l’auteur revient sur les prémices de l’horreur de la guerre de 1939 - 45 : le rôle de vingt-quatre industriels allemands dans les agissements nazis (financement de la campagne du parti nazi  pour les législatives) en février 1943. Il fait partager les discussions de salon et certains ratés de l’armée lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne (Anschluss)
C’est une évocation magistrale, grinçante et par moment ironique des coulisses de l’Anschluss, de sa brièveté, de la passivité des autres nations. Le tragique et le grotesque se mêlent dans ce récit
L’écriture est concise, érudite et agréable avec un récit bien documenté et captivant, court (150 pages) qui se lit très rapidement
J’ aime les récits sur fond historique et donc cela m’a beaucoup plu en relatant des événements que j’avais un peu mis de côté dans ma mémoire. 
Odile

L'art de perdre- Alice Zeniter

Prix Goncourt des Lycéens 2017
L’auteur petite-fille de Harkis relate le parcours de trois générations d’une famille kabyle dont le destin s’inscrit entre l’Algérie et la France depuis le début de la guerre d’indépendance jusqu’à aujourd’hui.
Ce pays dont est originaire sa famille n’a été longtemps pour Naima une toile de fond sans intérêt. Son grand-père est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’histoire avait fait de lui un harki. Yema, sa grand-mère, ne parle pas le français. Quant à Hamid, son père, arrivé avec ses parents en France à l’été 1962 dans des camps de transit, il ne veut plus parler de l’Algérie de son enfance. Mais pour son travail, elle doit se rendre dans son pays d’origine 
C’est une enquête en filiation dans les non-dits de la guerre d’Algérie,  une réflexion sur la liberté d’être soi au-delà du poids de l’héritage familial, sur les séquelles de la colonisation……
C’est une histoire bien documentée et touchante et pour moi cela a été un bon moment de lecture.
Odile